Port Hercule compte environ 700 anneaux. Monaco recensait 38 857 résidents lors de son dernier recensement, et le nombre de propriétaires qui souhaiteraient une place permanente sur ce plan d’eau n’a jamais été publié, ce qui en dit déjà long.
Un poste d’amarrage dans le port s’accompagne d’une liste d’attente, d’une politique d’attribution et d’un ensemble d’usages que reconnaîtra quiconque a tenté d’acheter un appartement avenue Princesse Grace. À une différence près : l’appartement, lui, peut s’acheter.
Les anneaux monégasques relèvent du domaine public. Lorsque la Principauté a construit puis étendu ses ports, elle en a financé elle-même les travaux, sans jamais devoir céder des places pour lever des capitaux, comme cela s’est pratiqué dans bon nombre de ports français. Le fond marin, le plan d’eau et les postes qui s’y trouvent appartiennent à l’État.
Ce que la Société d’Exploitation des Ports de Monaco accorde, c’est un droit d’usage. La SEPM assure la gestion technique et commerciale des ports depuis 2002 et les exploite depuis janvier 2006, sous détention publique intégrale. Le titulaire obtient l’autorisation de maintenir un navire désigné à une place désignée pour une durée déterminée, selon des conditions que la société fixe, fait respecter et peut retirer. Ce qui se transmet, c’est une place de port, jamais l’eau qui la porte.
L’attribution suit d’abord la nationalité. Le recensement 2025 dénombre 9 333 Monégasques, soit un peu moins du quart d’une population résidente de 38 857 personnes. Les demandes monégasques passent en premier, celles des résidents ensuite. Un dossier émanant d’une personne n’entrant dans aucune de ces catégories ne sera généralement pas examiné. La SEPM applique par ailleurs la règle d’un seul yacht par foyer, ce qui retire discrètement de la file une part non négligeable de la demande.
Sa position sur la cession est sans ambiguïté. Un titulaire qui ferait la publicité de son anneau ou le proposerait à la revente s’expose au réexamen puis à l’annulation de son attribution, les frais de dossier restant acquis.
Des chiffres circulent malgré tout. Les courtiers évoquent des sommes en millions d’euros pour une place capable d’accueillir un yacht de cinquante mètres, et des tarifs au mètre qui placeraient un amarrage modeste au niveau d’un appartement. Rien de tout cela ne se vérifie auprès d’une source publiée, et des courtiers spécialisés affirment clairement que les places monégasques ne sont jamais mises en vente. Ce qui est documenté, en revanche, c’est le coût annuel, et il reste modeste à l’échelle de tout le reste en Principauté. La SEPM a confirmé qu’un bateau de onze mètres amarré au port Hercule revient à environ 1 350 euros par an pour un Monégasque, contre 5 376 euros pour un étranger, écart produit par des remises nationales de 75 % en dessous de seize mètres et de 50 % au-delà. La rareté monégasque se loge dans l’attribution, non dans le tarif. C’est précisément ce qui rend l’attribution si difficile à obtenir.
La SEPM présente son parc comme comptant environ 1 050 anneaux, dont 600 font l’objet de contrats annuels pour des navires de moins de seize mètres. C’est un choix délibéré destiné à maintenir la plaisance monégasque ordinaire sur l’eau plutôt que d’abandonner l’ensemble du bassin aux superyachts, et l’une des statistiques les plus parlantes que publie la société portuaire.
Les chiffres port par port sont plus serrés. Port Hercule regroupe quelque 700 places, dont environ 110 pour des yachts de plus de 24 mètres et une trentaine réservées aux visiteurs selon la saison. C’est le seul véritable port en eau profonde de ce littoral, avec des fonds atteignant 40 mètres dans l’avant-port et compris entre 5 et 30 mètres le long des quais, et le plus grand anneau peut recevoir une unité de 130 mètres. Le port de Fontvieille, sur le flanc ouest du Rocher, en ajoute 275, dont 16 pour les escales courtes, mais un tirant d’eau maximal de trois mètres y exclut toute unité conséquente. Les décomptes publiés ne se recoupent pas parfaitement, ce qui est en soi caractéristique d’un marché où très peu de choses sont publiées.

PORT DE FONTVIEILLE
Dans le haut du marché, les chiffres s’effondrent. La direction de la SEPM a évalué à une quarantaine le nombre de places capables d’accueillir une unité de plus de 35 mètres, toutes situées au port Hercule, et a décrit la manière dont ces quarante places sont jonglées entre quelque 160 bateaux appartenant à des résidents sur une seule année. Pour ces unités, la société ne propose aucun contrat annuel. Qui imagine un port d’attache permanent pour un grand yacht en Principauté se dispute donc un bien qui existe à peine à deux chiffres.
Quatre voies existent, et aucune n’est rapide.
La première consiste à déposer un dossier auprès de la SEPM, qui gère l’attribution pour les deux ports monégasques depuis un guichet unique. C’est la voie orthodoxe et la plus lente, comptée en années plutôt qu’en mois pour la plupart des candidats. Pour les grandes unités, c’est aussi la moins concluante, puisque ce qui en ressort tient rarement du contrat annuel et relève plutôt d’arrangements saisonniers négociés.
La deuxième passe par le Yacht Club de Monaco, qui exploite sa propre marina quai Louis II, devant le club-house signé Norman Foster et distincte du parc géré par la SEPM. Elle propose 26 postes pour des yachts de 28 à 60 mètres, réservés aux membres et aux propriétaires de passage, et fonctionne comme escale et solution d’hivernage plutôt que comme voie vers une place permanente. Le club réunit plus de 2 500 membres d’environ 80 nationalités. L’arithmétique se passe de commentaire.
La troisième revient à accepter une unité plus modeste. Les contrats pour les navires de moins de seize mètres avancent plus vite que tout ce qui concerne le haut du marché, ils bénéficient des remises nationales les plus fortes, et une annexe ou un day boat amarré à Monaco reste une perspective bien plus accessible qu’une place pour une unité de cent mètres.
La quatrième consiste à regarder au-delà des frontières de la Principauté, ce que Monaco fait elle-même de plus en plus.
La SEPM a créé en 2016 une filiale internationale, la Société Monégasque Internationale Portuaire, chargée de prendre des positions dans des ports proches de Monaco et plus lointains. Le raisonnement était simple. Les ports du pays étaient saturés.
Le résultat se trouve à Vintimille, à vingt minutes de côte du côté italien de la frontière. Cala del Forte a été rachetée en 2016 sous forme de concession à l’abandon et inachevée, puis achevée par l’autorité portuaire monégasque et inaugurée par le Prince Albert II en juillet 2021. Elle offre 178 anneaux pour des unités de 6,5 à plus de 70 mètres, sous une concession courant jusqu’en 2094, la plus longue détenue par une marina en Méditerranée. Une navette rapide, Monaco One, couvre les 7,9 milles nautiques jusqu’à Port Hercule en une quinzaine de minutes.

CALA DEL FORTE
Cala del Forte propose également ce que Port Hercule ne propose pas. Un nombre limité de ses anneaux a été commercialisé sous forme de garanties d’usage de quarante ans, ce qui porte les contrats actuellement en circulation à la fin des années 2050. Pour un propriétaire qui souhaite un anneau comme actif plutôt que comme autorisation, c’est ce qui se rapproche le plus d’une propriété dans l’orbite monégasque.
La présence de la Principauté dans l’autre direction reste plus modeste qu’on ne le suppose souvent. En 2020, la SMIP a acquis une participation minoritaire de 20 % dans la société exploitant le port de Cap d’Ail, marina française située immédiatement à l’ouest du Rocher, qui compte environ 265 places dont 15 dimensionnées pour des yachts de plus de 25 mètres. Cette participation assure à Monaco une voix durable dans la gestion du port. Elle ne fait pas pour autant de Cap d’Ail un port monégasque, et la concession propre de la marina avec l’État français expire fin 2027, échéance qui déterminera la suite.
La concession de Cala del Forte avec l’État italien court jusqu’en 2094, la plus longue jamais accordée à une marina en Méditerranée, et la mesure la plus nette de la volonté monégasque de chercher de la capacité au-delà de son propre littoral.
Mareterra, le quartier de six hectares gagné sur la mer au large du Larvotto et inauguré en décembre 2024, est arrivé avec sa marina déjà sur les plans. Le Port du Petit Portier compte seize anneaux pour des unités jusqu’à seize mètres, dimensionnés pour des annexes, des day boats et de la petite plaisance plutôt que pour des navires qui iraient concurrencer le quai des États-Unis. La SEPM le gère selon le même modèle d’optimisation qu’au port Hercule, et les résidents du quartier y disposent d’un accès prioritaire.

Seize places face aux sept cents de Port Hercule ne changent rien à la capacité monégasque. L’intérêt est architectural, et commercial. Renzo Piano et Valode & Pistre ont intégré le plan d’eau au quartier dès la conception, comme une génération précédente de promoteurs aurait intégré un hall d’immeuble ou un jardin résidentiel, et les acquéreurs ont compris la marina comme partie intégrante de leur achat. C’est le seul endroit de la Principauté où un anneau se rattache, même de loin, à une adresse.
Le lien entre accès à un amarrage et prix de l’immobilier est bien établi à Monaco, même s’il reste rarement documenté. Les acheteurs qui recherchent la proximité de Port Hercule ou de Fontvieille la paient, et les agents traitant les adresses les plus recherchées de la Principauté confirmeront qu’un amarrage privé, une place réservée ou un simple accord avec un hôtel voisin peut emporter une négociation. La même logique explique pourquoi les villas et penthouses d’exception s’y négocient hors marché par habitude.
La réciproque joue moins sûrement. Être propriétaire à Monaco ne confère aucun droit à un anneau, puisque la SEPM attribue selon la nationalité et la résidence, non selon le titre de propriété. Ce que l’immobilier apporte, par le biais de la résidence, c’est un rang dans la file d’attente. Sur un marché aussi contraint, ce rang vaut beaucoup, et ne garantit rien.
Deux fois par an, le port change complètement de nature.
Chaque mois de mai, les tribunes s’élèvent le long des quais et Port Hercule devient partie intégrante du circuit du Grand Prix. Les yachts amarrés quai Antoine Ier se trouvent à quelques mètres de la piste, et les places face au complexe de la piscine comptent parmi les postes d’observation les plus disputés du sport automobile. L’accès pendant le week-end de course fait l’objet d’une réglementation distincte, la SEPM appliquant ses propres conditions aux navires présents dans le port pour l’événement.
Chaque mois de septembre amène le Monaco Yacht Show, qui remplit le bassin d’environ 120 superyachts et d’une soixantaine d’annexes, attire près de 30 000 visiteurs et aligne quelque 560 exposants le long des quais. Nombre de ces mêmes propriétaires et courtiers seront passés par le festival de plaisance annuel de Cannes une quinzaine de jours plus tôt. Les titulaires qui louent leur place sur ces deux événements peuvent récupérer une part substantielle des coûts de l’année en quelques jours.
Le reste de l’année s’écoule plus calmement et à moindre coût. La SEPM sépare l’année entre une haute saison de mai à octobre et une basse saison couvrant le reste, ajustant ses tarifs en conséquence. Les propriétaires qui n’utilisent leur yacht qu’en été laisseront généralement l’anneau vide pendant l’hiver plutôt que de le libérer, car y renoncer, même temporairement, oblige à tout recommencer.
Commencez par le calendrier. Une place permanente à Port Hercule ou à Fontvieille se compte en années pour la plupart des candidats, et la résidence fera avancer un dossier bien davantage que n’importe quelle somme.
Adaptez ensuite la voie à l’usage. Celui qui veut une adresse monégasque pour son navire et accepte d’attendre déposera un dossier à la SEPM en traitant tout le reste comme une solution provisoire. Celui qui veut un anneau cessible trouvera à Cala del Forte des conditions d’usage documentées plus proches de ses attentes. Pour un propriétaire qui souhaite simplement garder son bateau à portée pendant la saison, Cap d’Ail règle la question avec bien moins de difficulté. Et au-delà de 35 mètres, il faut raisonner sur les quarante places qui existent, non sur les sept cents affichées.
Ce marché sanctionne l’improvisation. Les anneaux monégasques circulent par introduction et par ancienneté plutôt que par annonce, et les propriétaires qui avancent vite sont généralement ceux qui avaient compris la structure avant de commencer.
Vous envisagez un bien offrant un accès réel aux ports de Monaco, ou souhaitez un avis franc sur la place d’un anneau dans votre projet ? Contactez Baldo Realty Group pour un échange confidentiel.
Sources
Société d’Exploitation des Ports de Monaco, ports-monaco.com
Gouvernement Princier de Monaco, les ports de Monaco, monservicepublic.gouv.mc
IMSEE, Recensement de la population 2025, imsee.mc
L’Observateur de Monaco, entretien avec la direction de la SEPM, lobservateurdemonaco.com
Monaco Hebdo, tarifs portuaires, monaco-hebdo.com
Yacht Club de Monaco, yacht-club-monaco.mc
Cala del Forte Vintimille, caladelforte-ventimiglia.it