Quiconque passe du temps à Monaco finit par comprendre que le rapport de la principauté à l’art ne s’affiche jamais vraiment. Il n’existe pas ici de quartier des galeries comparable à Chelsea ou au Marais, pas de rue unique où le marché se concentrerait pour le badaud. Les affaires se traitent plutôt dans les salons d’hôtel, les espaces de vente privés au-dessus du port, et une poignée d’institutions dont le carnet de rendez-vous reste, volontairement, plus difficile à trouver que l’adresse elle-même.
Cette discrétion n’a rien d’accessoire. Elle témoigne d’un rapport réfléchi à la beauté qui imprègne la façon dont la principauté conçoit son architecture et ses espaces publics, et ce rapport s’étend naturellement à la manière dont ses résidents vivent avec l’art. Pour un acheteur qui réfléchit à la fois à son lieu de vie et à sa collection, comprendre cette texture, les foires, le stockage, les mécanismes douaniers et les salons où les affaires se concluent réellement, mérite autant d’attention que le marché immobilier lui-même.
Le marché mondial de l’art a renoué avec la croissance en 2025, atteignant un volume estimé à 59,6 milliards de dollars américains selon le rapport Art Basel et UBS sur le marché de l’art 2026. Cette hausse de 4 % en glissement annuel intervient après deux années consécutives de recul, et la part des foires dans les ventes des galeries a notamment progressé à 35 %, contre 31 % un an plus tôt. Pour Monaco, où tout le marché gravite autour d’une foire annuelle et d’un cercle étroit de relations privées, ce recentrage structurel vers les transactions en présentiel conforte un modèle qui a toujours fonctionné ici.
L’année artistique monégasque a un point pivot, et toute la profession s’organise autour de lui. artmonte-carlo, fondée en 2016 et organisée chaque année au Grimaldi Forum sous le haut patronage de S.A.S. le Prince Albert II, réunit chaque juillet une trentaine de galeries internationales de premier plan sur la Riviera. La foire dialogue délibérément avec artgenève, qui ouvre le calendrier européen des foires chaque hiver à Genève ; artmonte-carlo referme la saison estivale sur la Côte, en se calant sur le calendrier des ventes aux enchères et des galas de juillet.

Le sol d’exposition d’artmonte-carlo, où une trentaine de galeries internationales se réunissent chaque juillet sous le toit du Grimaldi Forum.
L’effet le plus durable de la foire tient cependant à ce qu’elle a attiré durablement dans la principauté. Hauser & Wirth a ouvert un espace permanent à Monaco en juin 2021, conçu par le cabinet Selldorf Architects, devenant ainsi la première méga-galerie internationale à installer une adresse pérenne dans la principauté plutôt que de simplement exposer le temps d’une foire. À quelques rues de là, face à l’Hôtel Hermitage, Opera Gallery tient sa place depuis l’ouverture de l’antenne monégasque par son fondateur Gilles Dyan en 1994, avec plus de 400 mètres carrés au Palais de la Scala consacrés à des noms modernes et contemporains, de Picasso et Chagall à Soulages, en plein cœur du Carré d’Or. Plus loin sur l’avenue de la Costa, la Galerie Adriano Ribolzi commerce en maîtres modernes italiens et européens d’après-guerre depuis 1988, représentant une tradition de marché secondaire qui précède de plusieurs décennies l’arrivée des méga-galeries. Sotheby’s et Christie’s conservent également chacun un bureau monégasque antérieur à la vague actuelle, coordonnant les dépôts en vente avec leurs salles de Genève et de Paris plutôt que de détenir un stock sur place.

À l’intérieur de l’espace Hauser & Wirth à Monaco, première adresse pérenne qu’une méga-galerie internationale ait installée dans la principauté.
Sur le plan institutionnel, c’est le Nouveau Musée National de Monaco qui porte le programme curatorial le plus exigeant, réparti entre deux villas Belle Époque. La Villa Sauber se trouve près du Grimaldi Forum ; la Villa Paloma occupe son propre jardin le long du Boulevard du Jardin Exotique. À elles deux, les villas présentent environ deux expositions par an chacune, un programme qui est passé des photographies de la Riviera par Helmut Newton à des panoramas de céramique et d’arts décoratifs, offrant au marché un contrepoids institutionnel face aux galeries commerciales alentour.

La Villa Paloma, l’un des deux sites d’exposition du Nouveau Musée National de Monaco, dans son propre jardin en bordure du Boulevard du Jardin Exotique.
Les collectionneurs installés ici considèrent volontiers l’ensemble de la Riviera comme le prolongement du calendrier local plutôt que comme une destination distincte. La Fondation Maeght, à quarante minutes vers l’ouest à Saint-Paul-de-Vence, demeure l’une des grandes fondations d’art privées d’Europe. Ouverte en 1964 par les marchands Aimé et Marguerite Maeght avec l’architecte Josep Lluís Sert, ses jardins abritent des œuvres in situ de Giacometti, Miró, Chagall, Braque et Calder, au sein d’une collection de plus de 13 000 pièces. C’est le genre d’après-midi qui s’invite régulièrement dans le week-end d’un collectionneur monégasque, aux côtés des musées Matisse et Chagall de Nice.
Rien de tout cela ne répond à la question que toute collection sérieuse finit par poser : où va une œuvre lorsqu’elle n’est pas accrochée. Monaco apporte sa propre réponse depuis bien plus longtemps que ne le laisse penser l’arrivée récente des galeries.
Régi par le code des douanes et de la fiscalité de la principauté, le port franc de Monaco permet aux œuvres d’art, antiquités et biens de valeur comparables d’entrer et de rester entreposés sans TVA, de manière anonyme et sans limite de durée, à condition que les biens arrivent directement d’un pays hors Union européenne. Des sociétés telles que SMT Fine Art et Mathez Monaco Art Logistics gèrent l’aspect pratique : réserves climatisées, constats d’état, et la chorégraphie douanière qui encadre tout mouvement d’entrée ou de sortie. Un nouvel entrepôt de 1 300 mètres carrés construit par Mathez à quelques minutes de l’aéroport de Nice a renforcé un couloir de stockage déjà comparable, en volume, aux ports francs de Genève, du Luxembourg et de Singapour.
Le port franc, en pratique
Aucune TVA à l’entrée. Stockage anonyme. Aucune limite de durée. La seule condition : les biens doivent arriver directement d’un pays hors Union européenne, et non transiter par admission temporaire.
L’intérêt pour un collectionneur installé à Monaco est simple. Le Principauté ne prélève ni impôt sur le revenu, ni impôt sur les plus-values, ni impôt sur la fortune de ses résidents, ce qui signifie qu’il n’existe aucune charge fiscale spécifique liée à la détention ou à la revente d’une collection. Une œuvre peut patienter dans le port franc à quelques minutes de la villa où elle finira peut-être par être accrochée, entièrement assurée et dans des conditions climatiques stables, sans que son propriétaire n’ait à l’importer formellement ni à révéler son existence au-delà de l’exploitant de l’entrepôt.
Cette même discrétion est aussi la caractéristique la plus débattue du modèle du port franc, et Monaco se trouve au cœur de l’affaire la plus connue du marché en la matière. Le négociant suisse Yves Bouvier, dont le groupe Natural Le Coultre exploitait autrefois des entrepôts francs à Monaco aux côtés de Genève et du Luxembourg, a été accusé par le collectionneur russe Dmitri Rybolovlev de l’avoir surfacturé d’environ un milliard de dollars sur une décennie d’achats incluant des œuvres de Léonard de Vinci et d’Amedeo Modigliani. Le litige, qui s’est étalé sur plusieurs années devant les juridictions monégasques et suisses, a fait plus que n’importe quel régulateur pour pousser la profession vers une facturation plus transparente et des relations de conseil réellement indépendantes. C’est désormais le niveau de vigilance qu’un collectionneur transigeant à ce niveau doit considérer comme la norme, et non l’exception.
Pour qui constitue une collection sérieuse tout en choisissant son lieu de vie à Monaco, les deux décisions s’influencent bien plus que la plupart des acheteurs ne l’anticipent. La hauteur sous plafond, la continuité des murs et la capacité portante des sols figurent rarement sur une grille de visite classique, alors qu’elles déterminent si une collection vit réellement dans le logement ou attend indéfiniment en caisse.
Les programmes récents de la Côte ont commencé à concevoir explicitement pour cet usage. Les résidences de Mareterra ont été pensées avec des cimaises continues et des spécifications d’éclairage muséal dans plusieurs types d’appartements, une rupture avec les plans plus compacts qui caractérisaient une bonne partie du parc monégasque plus ancien. Parmi les adresses établies, les résidences les plus recherchées de la principauté se répartissent assez nettement entre celles conçues pour la réception et l’exposition, avec de hauts plafonds et des circulations de service discrètes pour déplacer les caisses, et celles d’époques antérieures où la collection doit se composer autour de l’architecture plutôt que l’inverse.

Un salon au Renzo, au sein de Mareterra, où plusieurs types d’appartements ont été conçus avec les cimaises continues qu’exige une collection.
Les acheteurs qui envisagent d’exposer plutôt que de stocker devraient aborder la question de la capacité portante des sols et du contrôle hygrométrique avec leur agent avant même de s’attacher à un plan. C’est une conversation bien moins coûteuse à avoir avant la signature qu’après l’arrivée d’une sculpture.
Acheter en foire ou aux enchères est la partie facile. Faire entrer une œuvre importante à Monaco, qu’elle vienne d’une salle parisienne, d’une galerie londonienne ou d’une vente privée à New York, suppose un parcours douanier et assurantiel qui récompense la patience et un transporteur compétent bien davantage que la rapidité.
Les œuvres entrant en France ou à Monaco depuis l’extérieur de l’Union européenne sont généralement soumises à la TVA à l’importation et, dans certains cas, à des droits de douane, sauf si elles circulent sous admission temporaire ou transitent d’abord par un port franc. Les transporteurs spécialisés en œuvres d’art, souvent les mêmes qui desservent le port franc de Monaco, prennent en charge la documentation, les constats d’état et le transport climatisé désormais exigés par les assureurs comme condition de couverture au-delà d’un certain seuil de valeur. L’assurance elle-même doit être mise en place avant que l’œuvre ne quitte les locaux du vendeur, et non après son arrivée à Monaco ; c’est pendant le transport que les défauts de couverture posent le plus souvent problème au moment du sinistre.
La recherche de provenance mérite la même rigueur qu’un acheteur appliquerait à tout achat d’actif important : titre de propriété, historique d’exposition et éventuelles revendications antérieures vérifiés indépendamment des seuls documents fournis par le vendeur, idéalement par un conseiller ne percevant aucune commission sur la transaction.
La vie mondaine autour du marché de l’art monégasque se déroule presque entièrement dans ses hôtels, et deux noms reviennent plus souvent que tous les autres.
L’Hôtel Hermitage Monte-Carlo accueille chaque juillet la Semaine des Ventes de Monaco d’Artcurial, durant laquelle les départements sculpture, montres, joaillerie, bande dessinée et Hermès de la maison de ventes investissent l’hôtel pour une semaine d’expositions et de ventes calée sur le calendrier plus large des foires. De l’autre côté de la ville, le Salon Le Théâtre de l’Hôtel Métropole Monte-Carlo est devenu le lieu régulier de Hermitage Fine Art, la maison de ventes monégasque fondée en 2017, qui y organise plusieurs fois par an des ventes d’art russe, de manuscrits et de joaillerie, généralement précédées d’un vernissage sur invitation réservé aux collectionneurs et mécènes avant l’ouverture au public. La collection propre du Métropole, un Picasso, un Warhol et un Bacon, orne désormais son bar du hall, et son programme d’expériences privées organise des visites hors horaires de la Francis Bacon MB Art Foundation toute proche, seule fondation au monde entièrement dédiée à l’artiste.

Un salon d’exposition privé pendant la Semaine des Ventes de Monaco d’Artcurial à l’Hôtel Hermitage Monte-Carlo.
La dimension philanthropique traverse une grande partie de cette activité. Les expositions liées au NMNM et les événements gravitant autour d’artmonte-carlo soutiennent régulièrement des causes environnementales et culturelles sous le patronage du Prince Albert II, et la Monaco Art Week, calée sur la semaine de la foire, est devenue les quelques jours de l’année où collectionneurs, marchands et directeurs de musées de la principauté se retrouvent, de façon fiable, dans les mêmes salons.
Rien de tout cela ne remplace les conseils d’un expert en art dédié, d’un assureur qui maîtrise la logistique des ports francs, ou d’un transporteur ayant déjà fait passer des œuvres par la douane monégasque. En revanche, cela esquisse l’infrastructure qui entoure l’art, la partie du marché qui se situe derrière le catalogue et le stand de la foire. Les acheteurs qui arrivent sans en avoir la mesure tendent à en découvrir les lacunes au pire moment : une œuvre bloquée en transit, un plancher incapable de supporter le poids de ce qui a été acquis, ou un fait générateur fiscal provoqué par un franchissement de frontière qu’une conversation de cinq minutes avec un logisticien aurait suffi à éviter.
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Contactez l’équipe de Baldo Realty Group pour faire le point sur ce que permet le marché actuel.
Sources
Art Basel et UBS, Global Art Market Report 2026 | theartmarket.artbasel.com
artmonte-carlo, informations officielles de la foire | artmontecarlo.ch
Grimaldi Forum Monaco, calendrier officiel | grimaldiforum.com
Hauser & Wirth, informations galerie et foires | hauserwirth.com
Opera Gallery Monaco | operagallery.com
Nouveau Musée National de Monaco | nmnm.mc
Fondation Maeght | fondation-maeght.com
SMT Fine Art, port franc de Monaco | smt.mc
Galerie Adriano Ribolzi | adrianoribolzi.com
Monte-Carlo SBM, Artcurial à l’Hôtel Hermitage | montecarlosbm.com
Hermitage Fine Art | hermitagefineart.com